Andrey Das – Pyroplasticien : partager l'Esprit du Feu depuis 2004
Le Feu ne s'explique pas. Il se rencontre, il se transmet, il se respecte. Depuis plus de 22 ans, c'est ce que je fais — et je n'ai pas fini.
Le roller, le Futuroscope, et un maître
Je n'ai pas grandi dans un cirque. J'étudiais en école hôtelière, apprenti dans un palace, quand un soir au Palais de Tokyo — je faisais du roller sur l'esplanade — un metteur en scène m'a repéré. Il cherchait des artistes pour un spectacle au Futuroscope de Poitiers. Avec des amis pratiquant les arts martiaux, on a imaginé une chorégraphie. On a décroché le contrat. J'ai alors goûté aux lumières, aux applaudissements. Et un cracheur de Feu m'a enseigné son art.
Ce maître est décédé huit mois plus tard. Pour honorer sa mémoire, je suis sorti cracher du Feu au Champ-de-Mars. J'étais si triste que j'avais envie de me faire mal — et c'est ce qui m'a débarrassé de ma peur. J'ai découvert quelque chose ce soir-là : le Feu comme moyen d'évacuer ses émotions, et de les partager.
Ce que l'école hôtelière m'avait appris — la précision, le respect de la matière, l'attention aux détails — ne m'a jamais quitté. Il est juste passé des arts de la table aux arts de la rue.
2004 : naissance du Burn Crew Concept
En 2004, je fonde le Burn Crew Concept. Chaque samedi, au pied du Palais de Tokyo, on se retrouve. Par tous les temps, ou presque. Une cinquantaine de cracheurs de Feu certains soirs, une foule qui grossit, des photographes, des artistes venus de toute l'Europe. Jusqu'à 1 000 participants à certains rassemblements.
Ce n'était pas un événement. C'était un lieu de vie, une école sans murs, une transmission horizontale que personne n'avait demandée et que tout le monde attendait. Le BCC est aujourd'hui le plus grand collectif français de son genre — et sa création, sa gestion, son rayonnement mondial restent, de toute ma carrière, ce dont je suis le plus fier.
« Ne sous-estimez pas les arts enseignés dans la rue. »
Cette phrase, je l'ai forgée à cette époque. Elle n'est pas un slogan. C'est un constat, une position, un engagement qui tient encore aujourd'hui.
Quelques images des anniversaires au Palais de Tokyo — elles parlent d'elles-mêmes.
Sur les scènes du monde
Le Feu ne connaît pas les frontières. Ces vingt ans de pratique m'ont conduit bien au-delà de Paris : Maroc (Essaouira, Kénitra, Dakhla), Suède (Stockholm, Uppsala), Russie (Moscou, Saint-Pétersbourg), Ukraine (Kiev), Biélorussie (Minsk), Corée du Sud (Séoul), Colombie (Bogotá, Palomino), États-Unis (Los Angeles, Hollywood), Italie (Milan), Suisse (Zurich, Genève) — et d'autres scènes encore.
Quatre continents, des contextes radicalement différents : publicités internationales, spectacles vivants, collaborations artistiques, tournages. Chaque pays apporte une relation au Feu différente, un public différent, une contrainte différente. C'est cette diversité qui a affiné mon expertise autant que les dix ans de Palais de Tokyo.
Ce que le Feu m'a appris sur la transmission
J'ai commencé en copiant les gestes de celui qui m'avait initié — sans vraiment comprendre ce que je faisais. C'est ma formation aux arts martiaux (Hap Ki Do, Wing Tsung) qui a tout changé. J'ai appliqué les principes de placement et de déplacement du corps au cracher de Feu. La posture est fondamentale. Avant la flamme, il y a le corps.
C'est ensuite dans le bassin du Palais de Tokyo, semaine après semaine, que ma méthode s'est construite. « Qu'il pleuve, qu'il neige, qu'il vente, le samedi c'est Palais. » Ce mantra résume dix ans d'entraînement inlassable, face à des centaines d'apprenants de tous horizons. Non pas dans un studio, non pas sur des supports théoriques — mais dans l'action répétée, l'observation directe, l'erreur corrigée en temps réel.
J'ai formé plus de 500 élèves. Des cracheurs, des mangeurs de flammes, des manipulateurs — en France et sur quatre continents. Des influenceurs (IbraTV, TrunkyZoo), des animateurs TV (France 2, France 3), des artistes, des particuliers. Des profils radicalement différents, des parcours sans aucun point commun. Tous ont réussi.
« Soumets quelqu'un au stress et il te montre son vrai visage. »
Avant un cours, les profils divergent — un peu plus de femmes que d'hommes, majoritairement entre 20 et 50 ans. Le point commun n'est pas l'âge ni le métier : c'est une intention. Faire du danger et de la peur quelque chose de compréhensible, d'abordable, de personnel. Certains viennent pour la scène. D'autres pour l'avoir fait une fois dans leur vie. Tous arrivent au même endroit : face au Feu, seuls avec eux-mêmes.
Les gestes de repli, les hésitations, les micro-expressions d'avant la torche révèlent la personnalité profonde de chaque élève. C'est précisément à ce moment-là que je sens mon expertise et mon don pour cet art. Mon travail est d'identifier ce que chaque personne a besoin d'entendre, de voir, de ressentir — pour transformer cette confrontation en victoire personnelle, pas en traumatisme.
Ce qui se passe ensuite dans les groupes est toujours identique, quel que soit le contexte : dix minutes après que des inconnus se sont rencontrés, il y a du soutien, des encouragements, de l'émulation. Quelqu'un propose spontanément de tenir la torche. Quelqu'un prête sa gourde. Ce collectif qui naît sans qu'on le demande, c'est la marque du Feu.
Quand j'écoute des coaches ou des dirigeants en entreprise parler d'intelligence collective, je reconnais ce que j'observe chaque semaine dans mes stages : la compétence individuelle au service d'un esprit de groupe, le courage partagé, l'anticipation des besoins de l'autre avant même qu'il les formule. Apprendre à cracher du Feu devrait être obligatoire pour tous les groupes ambitieux.
Ma démarche ne vise pas l'enrichissement personnel. Elle vise le partage à grande échelle de cette confiance que donne le Feu.
L'atelier : quand la matière prend forme
De cette exigence est né l'atelier Pyroplasticien. Je conçois et fabrique à la main des accessoires de spectacle : éventails, coiffes, dorsales, torches, ailes. Chaque pièce pensée pour un geste précis, une intention artistique spécifique. Pas de série, pas d'usine.
Ce choix, je l'ai fait consciemment et sans filet. Changer de métier, s'y former seul, en vivre coûte que coûte. Plus de dix ateliers successifs avant d'être enfin propriétaire du mien. Autant d'espaces provisoires, de contraintes imposées, de bricolages nécessaires — et à chaque fois, la même exigence : produire mieux que la fois précédente. C'est un parcours initiatique au sens strict. Chaque pièce fabriquée est une conversation avec la précédente.
Celui qui m'a donné envie de franchir ce pas s'appelle Zoltan — un artisan ukrainien fascinant, l'un des rares à faire ce travail à ce niveau. Je ne copie pas son travail. Mais l'avoir vu faire m'a convaincu que je pouvais le faire par moi-même, intégralement, à ma façon. Nous ne sommes pas plus de cinq dans le monde à faire ce métier, et deux à le faire comme nous le faisons.
Onze ans plus tard, les chiffres disent quelque chose de cette obstination : plus de 600 coiffes de Feu, plus de 200 paires d'éventails, des milliers de mèches de hula hoop. Des kilomètres de kevlar. Plus d'une tonne d'acier travaillé à la main, barre après barre de 100 grammes. Des cloques, des cornes, des brûlures, des bleus, des nuages de poussière. Des kilomètres de scotch et de cellophane. Des centaines de cartons expédiés aux quatre coins du monde — avec une connaissance pointue du service postal français gagnée à la dure.
J'ai appris Autocad et Fusion 360. L'impression 3D, la découpe numérique, l'électronique. Toujours seul ou presque, toujours à flux tendu, sans jamais avoir eu le temps de renouveler le catalogue depuis sa création. Et pourtant : onze ans à subvenir à mes besoins uniquement grâce au Feu.
« Ma passion, mes heures incalculables, mes sacrifices répétés me garantissent que quoi qu'il arrive, je suis à ma place. »
Télérama le résumait ainsi en 2019 : pyroplasticien de référence pour l'événementiel et la publicité, "dès qu'il faut de la flamme dans des conditions exigeantes de narration graphique". C'est le même geste qu'en formation : comprendre ce dont l'artiste a besoin, et fabriquer quelque chose qui lui ressemble.
À présent, j'installe l'atelier définitif. Toutes les machines, toutes les connaissances, toutes les matières sont réunies. Un collaborateur à mi-temps en formation. De nouveaux modèles en développement. 2026 est l'année où Pyroplasticien sort de l'apprentissage et officialise son potentiel.
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Von Wong : une collaboration qui dure
C'est moi qui ai contacté Von Wong — photographe de renommée internationale, plus de 300 000 abonnés — en lui disant qu'il faudrait qu'on travaille ensemble. Il était à Montréal, moi à Paris. Il a dit oui. Ce qui a suivi, c'est une série de collaborations qui s'est étalée sur plus de dix ans.
2012 — BÂTIMENT ABANDONNÉ, RÉGION PARISIENNE
Pour son tour européen, j'étais le premier artiste qu'il a contacté. On a tourné dans un bâtiment abandonné avec une équipe de plus de dix personnes — jongleurs de Feu, modèles, light painters, crew de stunt. Ambition commune : créer des images extraordinaires straight out of camera, sans Photoshop. Von Wong a intitulé son article "Master Pyrotechnician". C'est lui qui l'a écrit, pas moi.
2012 — SCULPTURE "WOM DOG", PARIS
Envoyé à Paris pour photographier la sculpture de l'artiste Cyril Anguelidis, Von Wong m'appelle en premier. Ensemble on invente la Pyroplasty : sculpter des structures de Feu autour d'une œuvre d'art, storyboardées et millimétrées. Une première.
2023 — DEVANT LE MUSÉE D'ORSAY, PARIS
Pour les négociations du Traité mondial sur le plastique — 193 pays, 1 500 délégués — Von Wong installe la Perpetual Plastic Machine, une installation de 5 mètres de haut créée avec Greenpeace. Je coordonne les flammes avec mon crew. Le Feu, cette fois, au service d'un message planétaire.
Julie Bruhier : la lumière à l'écoute du Feu
Photographier le Feu ne s'improvise pas. Il faut comprendre la flamme, anticiper le geste, construire une image où la lumière organique et la lumière maîtrisée coexistent sans se neutraliser. Julie Bruhier fait partie des rares photographes qui y parviennent — non pas en domptant le Feu, mais en l'écoutant. Son approche est immersive, instinctive, à la frontière du reportage et du rêve.
PREMIÈRE SÉANCE — LA RENCONTRE AVEC LE FEU
La première séance a été une évidence. Capter l'insaisissable : une flamme qui reste le cœur lumineux de l'image sans écraser la profondeur du décor ni la précision du geste. Julie travaille en équilibre entre deux sources — la flamme comme lumière organique, le flash comme sculpteur discret. Ce contraste chaud/froid, instinct/maîtrise, donne au Feu toute sa puissance visuelle.
« La lumière naturelle est mon point d'ancrage : vivante, sincère. Avec le Feu, j'y ajoute parfois un contrepoint : un flash déporté qui fige, révèle et sculpte la flamme. »
— Julie Bruhier
– Photographie © Julie Bruhier –
BORDEAUX SAINT-JEAN — TEXTURES, MATIÈRES ET REFLET
À quelques mètres de la gare de Bordeaux Saint-Jean, rue de Son-Tay, un bâtiment en démolition révélait une paroi ocre destinée à protéger les structures voisines. Julie y a immédiatement vu une scène : une cohabitation de textures entre la matière brute du mur et les volutes du Feu. Le flash a renforcé chaque relief de la paroi, révélant ses irrégularités. La séance s'est conclue par une expérimentation autour du reflet dans le verre — la flamme soufflée frontalement, la torche hors champ, tout en équilibre.
« La flamme soufflée frontalement traduisait une maîtrise totale. Sans torche visible, tout semblait en équilibre : tunique, reflets, formes et puissance. »
— Julie Bruhier
– Photographie © Julie Bruhier –
– Photographie © Julie Bruhier –
– Photographie © Julie Bruhier –
MAKING-OF — BORDEAUX SAINT-JEAN
Making-of capté par Julie Bruhier – avec Andrey Das et Romuald. Lieu : étage abandonné d'un ancien manoir à Bordeaux Saint-Jean.
Notre manière de travailler est fluide, guidée par une écoute mutuelle entre le geste et le regard. Ce que le Feu révèle devant son objectif, c'est la même chose qu'en formation : la présence — cet instant fragile où lumière, corps et matière convergent en une seule voix visuelle.
Aujourd'hui
Je continue. Formations, créations sur mesure, direction artistique, scénographie. Le BCC vit toujours. L'atelier tourne. Et le Feu, lui, ne s'est pas refroidi.
Le Feu n'appartient à personne. Il se partage, ou il s'éteint.
Presse & médias
Quelques traces de ce parcours dans les médias.
Quelques références
Publicités, séries TV, clips, photographies — le Feu a été convoqué dans des contextes très différents. Voici une sélection.
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Formation, accessoire sur mesure, direction artistique ou simple curiosité — je suis joignable directement.





